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J’inspire et je sais que j’inspire. J’expire et je sais que j’expire.

Lorsque j’étais petite, j’ai été diagnostiquée avec un trouble cardiaque. Une tachycardie, pour être plus précise. Rien de très grave, mais suffisant pour dire qu’il y avait là un petit problème. Pendant des années, j’ai très bien vécu avec ledit problème. Je vivais normalement, à l’exception près que la course et certains autres sports m’étaient plus ou moins interdits. Tout a toutefois bousculé lorsque j’avais 13 ans.

Je m’en souviens très bien. J’étais jeune, en secondaire deux. C’était une journée pédagogique au mois d’octobre. J’étais dans ma chambre en train de parler avec ma mère lorsque j’ai commencé à me plaindre de maux de cœur puissants. Ma mère n’y a pas porté attention au début, jusqu’à ce que je me fasse plus insistante. Les murs s’étaient mis à tanguer autour de moi et sans savoir comment c’était arrivé, j’étais étendue sur le sol avec ma mère qui hurlait, pleurait et criait au-dessus de moi. Encore à ce jour, elle affirme que le bruit qu’elle a poussé la hante. Elle m’a dit que cela venait de si loin en elle, que c’était sorti d’un endroit caché profondément en elle et que c’était le bruit le plus inhumain qu’elle avait entendu. Ma mère m’a dit que lorsqu’elle m’a vue tombée, comme au ralentie dans ses bras en devenant bleu et en ne respirant plus, elle était persuadée que son bébé venait de lui mourir dans les bras, comme ça.

Elle n’avait pas entièrement tort.

C’est seulement plus tard que j’ai compris ce qui était arrivé. J’avais fait une syncope vaso-vagale. En perdant connaissance, j’étais devenue complètement bleue. Pour ceux qui l’ignorent, une syncope vaso-vagale est une perte de conscience brève et brutale. Elle est causée par une diminution de la circulation du sang au cerveau. Elle est aussi caractérisée par une chute de pression avec ralentissement ou arrêt total du cœur. Vingt pourcents de la population vivront ce type de syncope au moins une fois dans leur vie sans la moindre séquelle. Les chanceux ! J’aurais bien aimé avoir la partie « sans séquelle » également.

Lorsque je suis arrivée à l’hôpital après être revenue à moi, ils m’ont dit que j’avais fait un reset. En gros, tout dans mon corps s’étaient arrêtés pendant un bref moment pour ensuite « mieux repartir ». Quelle blague ! J’aimais bien mieux comment il était avant.

Ne trouvant pas ce qu’il clochait et la cause de la syncope, ils m’ont tout simplement dit de me reposer, de ne plus aller à l’école pour environ deux semaines et d’éviter toute forme de stresse.

C’est là que la véritable histoire commence.

Quelques heures à peine après ma syncope, j’étais déjà changée. De grosses cernes bruns-mauves avaient faite leurs apparitions sous mes yeux et j’étais dans un état de fatigue extrême qui a duré pendant des mois, voire des années. Puis, sans que personne ne comprenne ce qui arrivait, j’ai commencé à faire ce qu’on appelait des « malaises ».

Je ne pourrais pas vous dire quand j’ai fait mon premier malaise. Tout ce que je sais, c’est qu’ils étaient persistants. Sueurs terribles, maux de ventre, vertige, perte de conscience, tremblements et nausées. Et surtout, beaucoup, beaucoup de honte. Sans que je ne comprenne comment tout ceci était arrivé, j’étais soudainement plus souvent dans mon lit et à l’hôpital qu’à l’école. J’ai manqué plusieurs mois d’école, n’allant à l’école que deux jours aux deux semaines. J’ai eu de la chance d’être bonne à l’école et de réussir à bien passer mes années scolaires tout de même.

Personne ne comprenait ce qui m’arrivait. Je devais être fréquemment sorti de classe à cause de mes malaises qui me frappaient sans crier gare pour des raisons inexistantes. Imaginer la honte et la gêne qu’une jeune adolescente qui ne demandait que d’être comme les autres ressentait. Les médecins me faisaient passer une panoplie de test pour essayer de comprendre ce qui arrivait. Tout le monde était persuadé que mon cœur déraillait pour de bon. Après tout, mon cœur avait déjà un problème alors c’était logique. Pourtant, tous les tests étaient négatifs.

« Nous ne comprenons pas ce qui lui arrive. » « Pouvez-vous revenir la semaine prochaine ? » « Nous allons essayer ceci… » « Elle doit se reposer. » « Certains enfants ont besoin d’attentions et font semblant d’être malades pour avoir l’attention manquante. » « Nous allons prendre des prises de sang. » « Les tests sont arrivés. Il n’y a aucun problème. » « Avez-vous déjà essayé ceci ? » « Je ne sais pas. »

Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas

Combien de fois ai-je entendu ces phrases ? Imaginez vivre en sachant très bien que quelque chose cloche chez vous, mais personne ne semble être capable de vous dire de quoi il s’agit. J’étais tout le temps malade. Incapable de fonctionner, ne comprenant pas ce qui m’arrivait, toujours à l’écart de mes pairs. Toujours confinée à la maison. Tombant peu à peu dans la dépression, songeant que la vie ne méritait pas d’être vécue ainsi. Vivant comme une recluse dans mon propre univers. Me coupant la peau en me disant qu’au moins, cette douleur-là, c’était moi qui la contrôlais. Moi et moi seule. J’en suis même venue à me dire que je méritais de la ressentir. Je me coupais pour me punir de ne pas être comme les autres. C’était l’enfer.

Et puis, finalement, la vérité. Le diagnostic est tombé par hasard et pourtant comme une vérité absolue et évidente.

Trouble de l’anxiété généralisé avec trouble panique.

Après plusieurs années difficiles où tout le monde croyait que la cause de mes malaises était mon cœur, les choses ont tourné. Soudainement, j’ai eu le droit aux psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, antidépresseurs et à de nombreuses heures de thérapies. Et surtout, à beaucoup de personnes qui me jugeaient comme étant folle.

« Je ne suis pas folle ! », voulais-je crier.

Mais je n’y croyais pas moi-même.

Car après tout, c’était bel et bien dans ma tête le problème, non ? J’avais été si longtemps à croire que mon cœur me posait de nouveaux problèmes. En croyant que mon cœur était malade, j’étais prise au sérieux. C’était physique et donc traitable. J’étais une patiente. J’étais normalement malade. Pas malade dans le mauvais sens.

Malheureusement pour moi, lorsqu’ils m’ont enfin mis un diagnostic, c’était tout autre chose. C’était dans ma tête. Je créais moi-même ces symptômes. Tout était de ma faute ! Pas parce que je le voulais, mais parce que mon cerveau était malade. Et avoir le cerveau malade, c’est mal vu. Et des diagnostics, ils en ont donnés ! Anxiété généralisée, trouble panique, TDA, dépression… J’avais l’impression qu’ils venaient de tomber sur le jackpot.

Le problème est que, depuis toujours, les problèmes mentaux, qu’ils soient plus graves ou minimes, ont toujours été tabous. Pourtant, le cerveau est également à risque de tomber malade, au même titre que les poumons, le cœur ou même l’estomac. Alors pourquoi est-il traité ainsi ?

Avec le temps, j’ai appris que je n’avais pas à avoir honte. Que je devais tout simplement guérir. Alors j’ai pris mes médicaments. J’ai vu les personnes que je devais voir. J’ai fait ce qu’ils voulaient que je fasse sans me plaindre. J’ai ignoré les regards en coin et les paroles murmurées dans mon dos. J’ai fait comme si je ne savais pas que mes amies se plaignaient de moi en disant que je n’étais jamais à l’école avec elles et que je faisais semblant d’être malade, même si cela me brisait le cœur. J’ai fait passer ma santé en premier. J’ai accepté que certains matins, il m’était impossible de sortir du lit. Alors je suis resté là, à contempler le vide. À écrire, pour me vider le cœur. À écouter de la musique, pour rêver. J’ai appris à m’aimer moi-même, à me faire passer avant les autres et surtout, à ignorer les autres qui ne comprenaient pas.

Qui ne comprendraient jamais.

Quand nous ne sommes pas malades, on ne peut pas imaginer la vie de ceux qui le sont. Une fille avec un trouble anxieux n’est pas souvent la jolie fille qui se fait tenir par son petit ami. Il ne lui caresse pas les cheveux en lui murmurant à l’oreille qu’elle doit se calmer et là, MAGIE, elle est calme. Ça ne fonctionne pas comme cela.

C’est la fille qui a chaud. Celle qui tremble, perds connaissance et qui ne va pas à l’école parce qu’elle a peur d’être encore malade devant ses camarades. Et qui, après, panique parce qu’elle n’est pas allée à l’école. C’est une roue sans fin. C’est la fille qui s’en fout des garçons parce qu’ils sont en dernier dans la liste des choses importantes. Celle qui ne dormira pas durant trois semaines consécutives parce que son professeur a annoncé qu’elle allait devoir faire une présentation orale. C’est la fille qui sait qu’elle ne va pas bien et qui ne sait pas comment faire pour aller mieux. C’est celle qui retient ses larmes en permanence parce que ; « Merde, qu’est-ce qui cloche chez moi ? »

Cette fille, c’était moi.

Et elle sera toujours moi.

Mais elle sera enfouie profondément. Se battant toujours pour ressortir. Me murmurant à l’oreille que je ne suis pas assez bien. Qu’une catastrophe va arriver. Que ma famille et mes amies me détestent peut-être, au fond. Me murmurant que tous ceux qui me jettent un coup d’œil parlent de moi. M’empêchant de me lever en public pour aller jeter quelque chose dans la poubelle parce qu’ils vont me juger. Elle sera toujours là, en train de me remettre au visage chacune de mes insécurités. Se battant pour reprendre le contrôle. S’accrochant à mes chevilles pour me ralentir à chaque pas que j’essaie de faire vers l’avant.

Mais je suis forte. Plus forte que je l’étais, grâce à l’aide que j’ai reçue. Certains jours, elle gagnera. Elle reviendra, me faisant douter de moi. Suis-je assez bien ? Mais ce ne sera plus tous les jours. Je la repousserais, la remettrais à sa place. Loin, loin dans mon cerveau. Bien cachée dans un petit tiroir dont elle n’a pas la clé. Et elle ressortira, et le jeu recommencera.

Mais après tout, j’ai connu des situations pires.

Aujourd’hui, j’ai dix-huit ans. J’ai gagné une bataille contre l’anxiété.

Gagnerais-je la guerre ? Seul le temps nous le dira.

Gabrielle Charron

8 Comments

  • Maxime Renaud

    mai 30, 2017 at 5:36

    Un texte très touchant.. quelques larmes ont coulées sur mes joues! Faut être forte pour se prononcer de la sorte, Bravo Gabie! Je sais que ce n’est pas facile, ayant eu des troubles anxieux moi-même, mais ça finira par être assez enfoui pour ne plus lui voir le bout du nez à ce problème là! Et lorsqu’il réapparaîtra par un pur hasard, ne sachant pas pourquoi, tu pourras lui faire face avec toute ta force et ta volonté de pouvoir le retourner d’où il vient.
    Ton parrain.

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    • Gabrielle Charron

      mai 30, 2017 at 7:24

      Merci Maxime, je suis vraiment heureuse de savoir que tu as aimé mon texte!
      J’ai bien hâte qu’il soit à ce point enfui comme tu le décris, mais je vais prendre mon mal en patience en attendant!
      Merci encore, beaucoup. xx

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  • Solange Lesiège

    mai 30, 2017 at 10:54

    tu es vraiment une personne formidable, tu as passé beaucoup d’épreuve pour une jeune fille de ton âge. Tu ne dois pas avoir honte, tu es une jolie fille. j’ai lu ton histoire ce qui m’a fait pleuré.
    je te souhaite un bel avenir et beaucoup de bonheur.

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  • Normande Renaud

    mai 31, 2017 at 2:22

    Ma belle Gaby, comme je suis fière de toi. Quel beau texte touchant. Je te dis « Bravo » pour avoir traversé toutes ces épreuves et d’en avoir sorti grandi. Tu as découvert une grande force en toi. Je t’aime, je t’embrasse xox

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  • Nathalie Charron

    mai 31, 2017 at 2:48

    Mon ange, ton texte m’a fait replonger dans mes souvenirs, toutes les craintes, toutes les peurs . La peur de te perdre et le cri qui venait du plus profond de mon être et que ne veux jamais réentendre. Je suis fière de toi et de la jeune femme que tu deviens. Tu as surmontés tes peurs une à la fois, tu es une battante. Va au bout de tes rêves et continue d’écrire car tu le fais merveilleusement bien. Je t’aime xxx

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