La page blanche.

« Pourquoi essaies-tu d’écrire un roman ? N’as-tu pas l’impression de perdre ton temps ? »

Oui, non, peut-être…

 Oui, j’ai parfois l’impression de perdre mon temps. Certains jours, je reste assise pendant des heures à contempler des pages vierges devant moi, cherchant les mots justes. Il y a quelques mois à peine, j’étais incapable d’écrire le moindre mot et je me suis retrouvée à attendre pendant des jours, voire des mois. Attendant l’inspiration, le déclic ultime. Juste pour ce texte si simple en apparence, j’ai encore été frappée du syndrome de la page blanche. Quels mots employés ? Comment faire mes tournures de phrase ? Attendez, est-ce que je mets une virgule là ? Parfois, je me dis que je fais tout cela pour rien. Dans ces moments-là, je me dis que personne ne va aimer ce que je vais écrire. Que mes textes sont horribles en comparaison avec tous les autres auteurs. Que mes écrits ne peuvent intéresser sincèrement quelqu’un. Après tout, qu’est-ce que j’ai à dire de plus qu’un autre ?

Par moments, le désespoir me prend. Ma sœur et moi devons forcément perdre notre temps à essayer d’écrire notre premier roman. Et si, une fois terminé, personne ne voulait de lui ? Et si c’était un flop total ? Perdons-nous notre temps depuis 2014 ? Est-ce que notre tête est tout simplement pleine de rêves trop irréalistes pour nous ?

Oui, j’ai parfois l’impression de perdre mon temps.

La majorité du temps, toutefois, je m’allume. Le feu monte et moi et m’embrasse tout entière. Je suis comme un brasier ardent. Je m’enflamme sans douleur. J’explose.

Lorsque j’ai commencé à écrire, je n’étais qu’une petite fille. Encore à l’école primaire, fan fini de littérature grâce à la découverte de la série Twilight (eh oui, je faisais partie de ce groupe-là). J’ai commencé à écrire pour deux raisons bien simples. La première, les histoires que je lisais alimentaient mon imagination déjà hyperactive. La deuxième, je voyais ma sœur écrire. Je lisais ce qu’elle écrivait et je la trouvais si extraordinaire. Sa manière de coucher sur papier chacune de ses pensées m’émerveillait. J’aspirais à faire quelque chose d’aussi bien, à écrire comme elle et à ce que mes textes fassent ressentir à d’autres ce que les siens m’avaient fait éprouver.

Alors, j’ai écrit. Des textes inédits autant que des fanfictions. Aujourd’hui, je pleure de rire en relisant ce que j’écrivais. Je ne vais pas mentir, c’était terrible. Mais cela a réveillé une passion qui sommeillait en moi, qui a vu le jour et n’a plus jamais voulu retourner dans le noir. Avec le temps, mes histoires sont devenues plus logiques. De nouveaux personnages, de nouvelles idées, de nouveaux univers. Une nouvelle moi.

À l’époque, je me sentais isolée. J’avais l’impression d’être comme seule au monde. Et puis, petit à petit, ces personnages sont nés. Un mélange de ceux que j’avais aimés et de ceux que j’avais détestés. Un mélange de qui j’étais et qui j’aurais souhaité être. Un mélange de parfaits inconnus croisés dans la rue et de mes plus proches amis et parents. Soudainement, je n’étais plus seule. Et je savais que je ne le serais plus jamais. J’étais toujours accompagnée, toujours en train de les placer dans des situations plus improbables les unes que les autres.

Tranquillement, j’ai eu des commentaires. Des personnes qui attendaient la suite, demandant (non, exigeaient !) d’avoir la partie suivante le plus rapidement possible parce que le suspense les tuait. Des personnes qui me félicitaient et m’encourageaient. Ils me disaient de ne pas abandonner parce que l’histoire était bonne, même si je doutais toujours. J’étais toujours surprise de découvrir que des personnes réelles, que je ne connaissais aucunement, prenaient réellement plaisir à lire mes histoires. Surprise, mais infiniment heureuse.

Sans que je ne comprenne vraiment comment c’était arrivé, j’ai passé de la lectrice à l’écrivaine, torturant mes lecteurs sur Internet et comprenant enfin pourquoi mes auteurs préférés passaient leur temps à tuer les personnes que les admirateurs aimaient le plus. Que voulez-vous, c’est plus amusant ainsi !

Lorsque j’écris, lorsque je crée des situations ou ne fais que mettre en mots mes émotions, j’ai l’impression de devenir la meilleure partie de moi-même. D’être celle que j’étais destinée à être. J’ai l’impression de trouver ma place dans ce monde complètement tordu.

Donc non, au final, je n’ai pas l’impression de perdre mon temps alors que je suis enfin heureuse.

Au fond, si c’est cela perdre son temps… Laissez-moi-le perdre pour toujours.

 

Gabrielle Charron

 

4 Comments

  • Normande Renaud

    juin 26, 2017 at 3:43

    Encore bravo Gaby…j’aime ta façon de t’exprimer, j’aime ton idée et je t’aime toi. Continue ma belle, tu es bonne. J’attends ton prochain texte avec impatience.

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      • Elizabeth

        août 1, 2017 at 5:32

        Cher Gabrielle, en lisant ton texte je pouvais sentir tes émotions et celle que tu voulais faire comprendre aux lecteurs en quelques mots. Dans certaine partit j’avais l’impression de voir le reflet de moi-même trait par trait. Je pensai que j’étais seule à imaginer des tonnes de personnages dans des situations que m’inspire la vie de tout les jours, mais non! C’est comme cela que commence une passion aussi ardente que celle de simple gens jusqu’au écrivains au livres multiple. Au fond il ne suffit que de ce faire confiance et arrêter de toujours se rabaisser en regardant les œuvres de nos idoles (comme tu la si bien dit). Et sache, Gaby, que pour moi tu es une écrivaine d’un exceptionnel talent (sans aucune éxagération). J’ai déjà hâte de me promener dans une librairie et de voir vos livres exposée en premier plan. Bref tu es une écrivaine formidable (si tu ne me crois pas relis ton texte) et au grand coeur qui ne demande qu’une maison d’édition avant de devenir célèbre.
        Élizabeth (ta cousine) 😊

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