on jase!

J’ai fait une rechute.

« J’inspire et je sais que j’inspire, j’expire et je sais que j’expire » : la suite.

J’ai fait une rechute, à 3 h. Étant étendu sur le dos dans mon lit, mes yeux rouges et secs fixant le plafond d’un air absent. J’ai fait une rechute alors que je repassais chaque moment embarrassant de ma vie en boucle, me jugeant moi-même. Pourquoi ai-je dit cela ? Pourquoi ai-je fait cela ? J’ai fait une rechute alors que je regardais le soleil se lever, incapable de trouver le sommeil à cause de ses souvenirs qui me hantent.

J’ai fait une rechute, à midi. Repensant à tout ce que j’avais mangé cette semaine. Me demandant si j’avais repris du poids. Si je m’étais suffisamment entrainé cette semaine. Si j’avais tout gâché. J’ai fait une rechute alors que je pleurais à cause de cette voix dans ma tête qui me disait d’arrêter de manger, que je devais me sentir coupable de chacune de mes bouchées. Avais-je vraiment besoin de ce déjeuner ? J’avais déjà ces livres à perdre…

J’ai fait une rechute, à 17 h. Bégayant devant l’employée qui devait faire mon petit sandwich au Subway. Les paumes moites, le cœur battant à tout rompre, le corps entier tremblant alors qu’elle me regardant avec un air de pitié essayer de bredouiller une commande. J’ai fait une rechute alors que je suis partie, mon sous-marin en main, les larmes aux yeux, me maudissant moi-même. Ajoutant cet instant dans la liste de mes moments humiliants.

J’ai fait une rechute, à 23 h. Fixant les murs, de nouveau étendu dans mon lit, cette fois songeant à toutes les choses qui pourraient mal aller. Mes amies pourraient soudainement découvrir qu’elles ne veulent rien savoir de moi. Qu’elles ne m’apprécient pas. Et si ceux que j’aimais avaient un accident ? Si quelqu’un mourait ? Si soudainement, ma famille réalisait qu’ils ne voulaient plus me voir ? Et si j’étais la honte ? J’ai fait une rechute alors que je me suis endormie en pleurant, mes rêves tournant aux cauchemars, réalisant mes pires craintes.

Je me suis relevée.

Je me suis relevée, à 9 h. N’ayant aucun souvenir de mes rêves, le soleil perçant par la fenêtre, me sentant reposée. Me levant du lit avec le sourire, prête à commencer ma journée du bon pied. Décidée à oublier la journée de la veille. Je me suis relevée, me sentant bien. Heureuse.

Je me suis relevée, à 13 h. Savourant chaque bouchée de la pomme que je mangeais, un sourire aux lèvres. En mangeant ce yaourt aux fraises et aux sirops d’érable. En m’entrainant, la tête vide de toutes pensées néfastes, de la musique pop jouant à fond dans mes oreilles. Dansant et chantant à tue-tête avec ma mère. Je me suis relevée, alors que je me sentais bien dans mon propre corps. Aimant ses courbes, ses beautés et ses imperfections.

Je me suis relevée, à 18 h. Commandant d’une voix assurée la boisson de mon choix. Souriant au serveur alors qu’il notait ce que je voulais. Comprenant les difficultés de l’homme à la table d’à côté qui tremblait et évitait le regard du serveur alors qu’il tente de dire ce qu’il veut. Je me suis relevée, alors que j’ai pris de l’assurance et que je leur ai souri. N’ayant pas honte de qui je suis. Ne ressentant pas le besoin d’aller me cacher et de quitter l’endroit.

Je me suis relevée, à 22 h. Embrassant ma mère pour lui dire bonne nuit. Me couchant nonchalamment sous les draps, mon chien collé contre moi. La respiration calme, mon cœur battant à un rythme régulier. Je me suis relevée, alors que je me suis endormie en quelques minutes, mes rêves peuplés d’endroits joyeux. Des souvenirs, des histoires ou de simples images colorées. Ayant enfin une nuit de sommeil normale.

Parce que malgré les démons qui me hantent, je me battrais toujours. Certains jours seront toutefois plus difficiles. Ils sembleront être des montagnes impossibles à grimper. J’aurais l’impression d’avoir perdu tous les progrès que j’avais faits, d’être de retour à la case zéro. Merde, à la case -1. Je songerais probablement que les choses ne peuvent pas aller mieux, parce que je serais obnubilée par tous ces maux, mais comme toutes les fois précédentes, j’aurais tort.

C’est comme un match de boxe. Malgré tous les coups que je lui donnerais pour qu’elle parte, elle m’en donnera toujours également. Je ne pourrais jamais tous les esquiver. Mais je me bats. J’envoie valser cette voix qui s’accroche à moi, quoique je ne veuille rien savoir d’elle. Et je sais qu’au final, je vais gagner. Elle s’endormira, mit K.O. pour un moment. Et ma vie reprendra, plus calme, plus paisible. Je pourrais me prélasser, manger ce que je veux, rire et même aborder des inconnus sans ressentir de gène, de stress ou de culpabilité. Tout simplement vivre.

Parce que malgré ses tentatives, maintenant presque désespérées, je serais toujours plus forte qu’elle. J’ai vaincu le pire. Elle n’est rien pour moi. Plus aujourd’hui.

Je fais des rechutes parfois. J’ai fait une rechute. Mais je me suis battu. Je me suis relevée. Je suis redevenue moi-même.

 

 

Gabrielle Charron

 

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