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je ne suis pas « difficile », je suis allergique.

Au début du mois de novembre, j’ai malheureusement dû annuler mes cours. J’étais étudiante en esthétique, et j’adorais cela. Toutefois, au fond de moi, je savais que je n’allais pas faire ce métier toute ma vie. J’aime trop l’écriture et je sais que c’est mon avenir, mais je m’amusais. J’avais du plaisir, des amies, des nouvelles connaissances. J’adorais cela.

Mais d’un coup, mon petit plaisir a pris fin. On a rapidement réalisé que j’étais allergique à plusieurs des produits qu’on utilisait lors des traitements. J’étais surprise et en même temps, je me suis trouvée tellement stupide de ne pas y avoir pensé avant parce que, voyez-vous, je suis allergique à bien des choses. Aux amandes, aux noisettes, aux poissons d’eau douce… Aux fruits et aux légumes.

Vous vous en doutez sûrement, je ne serais jamais végétarienne.

Bon, j’ai tout de même de la chance dans ma malchance. Je peux manger quelques fruits et deux beaux légumes. Wow !

J’ai commencé à être allergique aux fruits et aux légumes au début du secondaire. Je dois l’avouer, pendant quelques jours, j’étais heureuse. Ma mère ne pouvait plus me forcer à manger ce que je n’aimais pas ? Génial !

Mais rapidement, c’est devenu une vraie plaie. Je ne pouvais plus manger les légumes que j’aimais et à l’époque, les seuls fruits que je pouvais manger étaient les bananes et les fraises. Soudainement, cette situation m’attristait. Puis, avec les années, les choses ont évolué tranquillement, me permettant de manger quelques fruits supplémentaires, me permettant de manger une certaine sorte de concombre, m’empêchant de manger des amandes et des noisettes…

Parlant de noisettes, vous voulez savoir quelque chose d’amusant ? Mon médecin m’a donné l’autorisation de manger du Nutella parce que la quantité de noisettes est trop minime pour que je réagisse réellement, à moins de manger le pot au complet.

nutella GIF

(crédit photo: giphy)

Bref, lorsque je me suis inscrite en esthétique, personne de mon entourage n’avait envisagé que certains produits pouvaient contenir de l’abricot. Que d’autres pouvaient avoir des quantités minimes d’extraits de fruits. Que j’étais à risque. Alors, j’ai dû arrêter mes cours. Parce que chaque réaction devenait un peu plus sévère. Parce qu’à chaque réaction, j’étais un peu plus près du choc anaphylactique.

Étant donné que j’avais comme idée de rentrer à l’université à 21 ans en études littéraires, ce n’était pas si grave. Mais j’étais déçue. Très déçue. De plus, je n’ai que 19 ans. Je vais faire quoi, en attendant ?

Devoir annuler mes cours, dire adieu à quelque chose que j’aimais, ça m’a fait réaliser plusieurs choses sur ma condition. J’ai réalisé à quel point je trouvais cela difficile de me sentir à ce point à l’écart des autres. D’être toujours celle avec un repas différent dans les repas de famille. D’être celle qu’il faut toujours prendre en compte lorsqu’on va au restaurant. Celle qui se fait dévisager par les serveurs parce qu’ils se disent forcément que je ne suis pas réellement allergique. Que je suis juste difficile.

Imaginer devoir être assis à une autre table lorsque votre famille ou vos amis mangent de la fondue parce que la vapeur vous fait faire des plaques rouges sur tout le corps. À l’école, c’était tout aussi compliqué. Je n’ai jamais pu emmener de repas à réchauffer aux micro-ondes parce que les vapeurs des repas des autres avant moi pouvaient me faire réagir s’il y avait des allergènes.

Je vous le dis, à un moment donné, on devient vraiment écœurée de manger des sandwichs.

Dans les bars, la même chose. Je dois toujours commander les mêmes boissons, pour ne pas gâcher la soirée. Au moins, avec un Rum and Coke, je sais exactement ce que je bois. Je n’ai pas à craindre de finir ma nuit aux urgences.

L’autre soir, en regardant Occupation Double (no shame), je songeais aux voyages que les candidats faisaient et j’ai eu une révélation. Je ne pourrais peut-être jamais voyager dans certains pays. Ne jamais faire certaines activités uniques. Ne jamais goûter à des mets typiques. Il y a une partie de ce monde, de ces cultures, que je ne pourrais jamais expérimenter.

Je suis jalouse de vous, ceux qui peuvent manger et boire ce qu’ils veuillent sans avoir peur de mourir. Parce que pour moi, c’est une peur constante. Je dois vérifier chaque ingrédient, à chaque repas, parce que je sais que quelque chose pourrait arriver si je ne le faisais pas.

Avoir des allergies alimentaires graves, c’est faire une croix sur bien des choses. Sur une partie de votre vie. C’est accepter qu’une partie de ce monde vous soit toujours inconnue.

Honnêtement, ça pourrit la vie sur bien des aspects.

 

 


Gabrielle Charron

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