Ce que tu n’apprendras jamais dans un manuel scolaire.

Chaque fois qu’arrive avril, j’ai une pensée pour tous ces étudiants qui font du mieux qu’ils peuvent pour garder la tête hors de l’eau. Si les études, c’est de la petite bière pour certains, ce n’est pas le cas pour tous. Je songe particulièrement à toutes ces mères de famille qui se mettent une pression supplémentaire sur les épaules. À vous, mesdames, un peu plus qu’aux autres, j’offre tout mon soutien. Il n’y a pas si longtemps, j’étais l’une de vous.

En 2012, à 33 ans, j’ai décidé de déterrer le vieux rêve de retourner à l’Université. Mon congé de maternité tirait à sa fin. J’avais besoin de changements, de relever ce défi personnel. Je voulais également bonifier mes connaissances, car j’avais le projet d’écrire de façon professionnelle. J’ai passé 3 ans de ma vie à jongler entre ma vie de maman, d’épouse, d’étudiante et d’employée. Je me souviens, la première année, je tenais mon fils sur un bras pour l’allaiter pendant que je rédigeais mes travaux scolaires de l’autre main. J’en ai pleuré des nuits en me disant que je ne m’en sortirais pas. Mais, j’avais trop d’yeux et de témoins chez moi pour abandonner.

En ouvrant la porte du module des Lettres pour la première fois, j’étais loin de me douter que je serais là où je suis maintenant. Mon cheminement va au-delà de la pédagogie. J’ai acquis de nouvelles compétences, tout en développant le goût et non le besoin de me surpasser. J’ai redéfini la persévérance scolaire, sans oublier la volonté de me remettre en question. J’ai gardé l’esprit ouvert et je me suis même découvert un nouvel amour pour les communications et les relations publiques.

Le diplôme, je le voulais pour moi au départ, pour me valoriser. Je l’ai finalement obtenu pour nous : mes 4 enfants, mon mari et moi. Cette course, nous l’avons terminée ensemble, 2 jours avant mon 36e anniversaire à la cérémonie de collation des grades. Le moment qui scelle le tout, termine la boucle. Je pense que j’attendais cette soirée depuis ma demande d’admission. Sans trop réfléchir aux qui, quoi, où, comment, j’imaginais le quand. Je visualisais le jour où j’enfilerais ma toge et que l’on appellerait mon nom pour monter sur l’estrade.

Le 7 novembre 2015, j’ai marché pour aller serrer la main du recteur, tremblant un peu je l’avoue, mais la tête haute. Comme j’étais la première du département d’études langagières à terminer avec une majeure et une mineure et seule dans ma catégorie, j’ai eu droit à 15 seconds of fame, bien malgré moi. Quand un de mes professeurs m’a prise dans ses bras en me disant qu’elle était fière de moi, j’ai senti les larmes monter. Comme quoi, même quand tu es habituée à rester anonyme, tu ne sais jamais qui ton parcours inspire ni sur qui tu as un impact. Je lisais dans les regards, incluant ceux du corps professoral assis sur la scène, la question « mais qui est cette femme? »

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Je suis toi, la femme installée dans le coin de la bibliothèque qui essaie d’étudier pour son prochain examen. Moi aussi je regardais constamment ma montre. Non pas pour surveiller l’heure de fermeture, mais pour voir combien de temps je pouvais encore rester, sans risquer de manquer l’heure du dodo. Respire ma belle, tu vas y arriver. Tu as le droit de te concentrer sur tes études sans te sentir coupable. Ta famille, tu ne la laisses pas tomber, comme pourraient te faire croire tes doutes et tes excuses. Au contraire, tu rajoutes une corde à ton arc tout en enrichissant ton savoir, tes bagages.

Je suis toi, la femme qui tient à peine sur sa chaise et qui vient d’amorcer un important débat dans sa tête. Je te comprends tellement! Ce n’est pas trop apparent, mais toi tu sens ta poitrine qui gonfle pour te rappeler que tu viens de dépasser l’heure de la tétée. Si tu rentres à la maison, tu cours le risque d’être distraite par tes obligations familiales. Si tu restes un peu plus longtemps, tu pourras taper et imprimer ton travail de 20 pages, à remettre dans quelques jours. Le choix devrait être clair, mais tu n’arrives plus à penser. Tu as pourtant déjà tout prévu. Tu as laissé assez de biberons pour nourrir ton petit amour. Quand on lui racontera ton histoire, ce ne sera pas de lait, mais de ta réussite et de ta détermination qu’il se souviendra. Go go go, tu es presque arrivée au sommet!

Arrivera un jour où, en époussetant ton diplôme, symbole de la réussite de ton programme, tu repenseras à ton parcours. Pendant que tu pourras presque humer l’arôme enivrant de café, de Red Bull et de marijuana qui flottait dans l’air à la cafétéria et dans les couloirs à chaque fin de session, tu entendras ta voix, mêlée à celles de plusieurs autres femmes passées par là : « Félicitations! Ça n’a pas été facile, mais tu as récolté les fruits de tes beaux efforts! Aborde chaque nouvelle étape de ta vie avec confiance et dynamisme. »

Bonne fin de session, you got this!

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